LIVRET
Jean-Philippe Rameau : 
Hippolyte et Aricie – « L’Amour comme Neptune » - 1’
L’Amour, comme Neptune
invite à s’embarquer ;
pour tenter la fortune
on ose tout risquer.
Malgré tant de naufrage,
tous les cœurs sont matelots.
On quitte le repos,
on vole sur les flots ;
on affronte les orages :
l’Amour ne dort
que dans le port.
Love, like Neptune, invites us to set sail, and to try our luck we dare to risk everything. Despite so many shipwrecks, every heart is a sailor: we leave our rest, fly over the waves and brave the storms. Love sleeps only in harbour.

Jean-Philippe Rameau : 
Dardanus « Je veux que sous mes lois tous les cœurs soient heureux » - 1’15

Je veux que sous mes lois, tous les cœurs soient heureux.
Les plaisirs désormais formeront seuls mes nœuds.
Tyrans des tendres cœurs, jalousies inhumaines,
soupçons troubles cruels, fuyez de ce séjour.
Fuyez monstres affreux qu’on prendrait pour la haine
si l’on ne vous trouvait dans le sein de l’Amour.
I want every heart to be happy under my rule, bound henceforth by pleasure alone. Jealousy, suspicion and cruel torments, tyrants of tender hearts, begone! Hideous monsters, you would be taken for hatred itself, were you not found in the very heart of Love.
Reynaldo Hahn – Ciboulette - « Moi je m’appelle Ciboulette » - 2’20
Y a des femm’s qui font la folie de s’appeler Julie.
Y a des femm’s qui sont assez prud’s pour s’app’ler Gertrude.
Certain’s femm’s sont assez bonn’s fill’s pour s’app’ler Camille.
Y en a d’autres qui s’croient assez grand’s pour s’app’ler Yolande.
Moi j’m’appell’ Ciboulette… Ça sonn’ clair comme un’ chanson ; c’est gai, c’est vif, ça pirouette,
Puis ça rime avec amourette. Moi je m’appell’ Ciboulette, c’est un nom qui plaît aux garçons.
Certains femm’s quell’ drôl’ de mani’, veul’nt s’app’ler Marie…
Y en a d’autos qui sont si fidèl’s quell’s s’appell’nt Adèle.
Quelques-un’s sont assez boulott’s pour s’appeler Charlotte.
Et y en a qui s’font tant accroir’ qu’ell’s s’appell’nt Victoire.
Moi j’m’appell’ Ciboulette… Ça sonn’ clair comme un’ chanson ; c’est gai, c’est vif, ça pirouette,
Puis ça rime avec amourette. Moi je m’appell’ Ciboulette, c’est un nom qui plaît aux garçons.
Some women are foolish enough to be called Julie, prudish enough to be called Gertrude, or grand enough to be called Yolande; others are Marie, Adèle, Charlotte or Victoire. But my name is Ciboulette (“Chive”): it rings out like a song, lively and twirling, it rhymes with amourette (“a little romance”), and it is a name the boys adore.
Marc-Antoine Charpentier : « Ah qu’ils sont courts les beaux jours » 1’
Ah qu’ils sont courts les beaux jours d’une fleur printanière ;
c’est ainsi que s’enfuit la saison des amours.
Hâtez-vous donc d’aimer, ô jeune beauté fière.
Hâtez-vous, on n’est pas jeune et belle toujours.
How short are the fair days of a spring flower! So too the season of love slips away. Hasten to love, proud young beauty: no one stays young and beautiful forever.
Jean-Baptiste Lully : Le Mariage forcé "récit de la beauté" 4’
Si l’Amour vous soumet à ses lois inhumaines,
choisissez, en aimant, un objet plein d’appâts ;
Portez, au moins, de belles chaînes,
et puisqu’il faut mourir, mourez d’un beau trépas.
Si l’objet de vos feux ne mérite vos peines,
sous l’empire d’Amour ne vous engagez pas.
If Love subjects you to his cruel laws, choose someone truly charming to love: at least let your chains be beautiful, and since you must die, die a beautiful death. If the one you desire is not worth your pains, do not enter Love’s empire at all.
Jacques Offenbach : Belle lurette "Couplets du souper" 2’30
C’était le soir, la rue était vermeille
et le soleil se couchait au loin ;
tu fis venir une grande bouteille
et tu remplis deux verres jusqu’au bord.
Oh ce vin-là, c’est traitre ça vous grise.
On en boit tant qu’on en dit des bêtises.
Ce petit souper impromptu,
dis-moi fripon t’en souviens-tu ?
C’était le soir, le champagne était rose :
rose le ciel et rose l’avenir.
Le ciel est noir, l’avenir est morose
et le champagne on a dû le finir.
Et je vidais rapidement mon verre
de ce détail et ne me souviens guère :
ce petit souper impromptu,
dis-moi fripon, t’en souviens-tu ?
It was evening, the sun was setting, and you ordered a large bottle and filled two glasses to the brim. That treacherous wine goes to your head and makes you talk nonsense. The champagne was pink, and so were the sky and the future; now the sky is dark, the future gloomy, and the champagne long gone. That little impromptu supper, you rascal, do you remember it?
Marc-Antoine Charpentier "Auprès du feu" 2’
Auprès du feu on fait l’Amour,
aussi bien que sur la fougère :
n’attendez pas belle bergère
que le printemps soit de retour
pour choisir un berger sincère.
Love thrives by the fireside just as well as on a bed of ferns. Fair shepherdess, choose a true-hearted shepherd now, before spring returns.
Jacques Offenbach : La Périchole "ariette de la griserie" 2’
Ah quel dîner je viens de faire
et quel vin extraordinaire,
j’en ai tant bu mais tant tant tant
que je crois bien que maintenant
je suis un peu grise
mais chut, faut pas qu’on le dise.
Si ma parole est un peu vague,
si tout en marchant je zigzague
et si mon œil est égrillard
il ne faut s’en étonner car je suis un peu grise.
What a dinner I have just had, and what extraordinary wine! I drank so very much of it that I believe I am now a little tipsy. But hush, nobody must know! If my words are a little vague, if I zigzag as I walk and my eyes are twinkling, do not be surprised: I am a little tipsy.

Honoré D’Ambruys 
"Le doux silence" 4’
Le doux silence de nos bois
n’est plus troublé que de la voix
des oiseaux que l’amour assemble.
Bergère qui fait mes désirs
voici le mois charmant des fleurs et des zéphyrs
et la saison qui te ressemble.
Ne perdons pas un moment des beaux jours,
c’est le temps des plaisirs et des tendres amours.
Songeons en voyant le printemps
qu’il en est un dans nos beaux ans
qu’on n’a qu’une fois en sa vie.
Mais c’est peu que d’y songer,
il faut belle Philis Il faut le ménager ;
cette saison nous y convie.
Ne perdons pas un moment des beaux jours,
c’est le temps des plaisirs et des tendres amours.
The quiet of the woods is now stirred only by the song of birds that love has brought together. Spring has come, the season of flowers and gentle breezes. The shepherd urges fair Philis to seize the springtime of their youth, which comes but once in a lifetime: let us not lose a moment of these lovely days, made for pleasure and tender love.
Ernest Chausson : "Le charme" 2’
Quand ton sourire me surprit, je sentis frémir tout mon être ;
Mais ce qui domptait mon esprit, je ne pus d’abord le connaître.
Quand ton regard tomba sur moi, je sentis mon âme se fondre ;
Mais ce que serait cet émoi, je ne pus d’abord en répondre.
Ce qui me vainquit à jamais, ce fut un plus douloureux charme,
Et je n’ai su que je t’aimais qu’en voyant ta première larme !
When your smile first caught me, my whole being trembled, yet I could not tell what had overcome me. When your gaze fell upon me, my soul melted, yet I could not say what this emotion was. What conquered me forever was a more painful charm: I knew I loved you only when I saw your first tear.
Maurice Ravel : L’enfant et les sortilèges "Toi le cœur de la rose" 1’40
Toi le cœur de la rose, toi le parfum du lys blanc ;
toi tes mains et ta couronne, tes yeux bleus et tes joyaux ...
Tu ne m’as laissé comme un rayon de lune,
qu’un cheveu d’or sur mon épaule ;
un cheveu d’or et les débris d’un rêve.
The Child mourns the fairy-tale Princess he has lost: you, heart of the rose, scent of the white lily, with your hands, your crown, your blue eyes and your jewels. Like a moonbeam, you have left me only a golden hair on my shoulder, a golden hair and the fragments of a dream.
Michel Lambert : "Charmante nuit" 4’
Charmante nuit, hâtez votre retour.
Il n’est point de nuit assez sombre
pour cacher l’ennui, les pleurs et mon amour.
Car j’aime l’horreur de vos ombres.
Un amant malheureux ne peut souffrir le jour.
Lovely night, hasten your return. No night is dark enough to hide my sorrow, my tears and my love. I cherish the dread of your shadows, for an unhappy lover cannot bear the light of day.
J. P. RAMEAU : Les tendre plaintes
Instrumental
M-A Charpentier : « Ruisseau qui nourrit dans ce bois » 2’15
Ruisseau qui nourrit dans ce bois
de mille et mille fleurs un brillant assemblage,
je viens pour la dernière fois
t’entretenir de ma volage.
Un autre a reçu ses faveurs ;
jaloux, désespérés d’un si sensible outrage
je ne troublerais plus ton onde
par mes pleurs hélas puisque je meurs.
The lover comes for the last time to the stream that waters the countless flowers of the wood, to speak of his fickle beloved. She has given her favours to another. Jealous and in despair at this bitter wrong, he will trouble its waters with his tears no more, for he is dying.
M-A Charpentier : Médée "Princesse c’est sur vous que mon espoir se fonde" 2’30
Princesse, c’est sur vous que mon espoir se fonde,
le destin de Médée est d’être vagabonde :
Prête à m’éloigner de ces lieux,
je laisse entre vos mains ce que j’aime le mieux.
Je sais qu’une pitié sincère
pour mes enfants a touché votre cœur.
Prenez en quelque soin, & souffrez qu’une mère
au moins dans son exil goute cette douceur.
Ce sera pour mes vœux une grande victoire,
si dans mon triste sort le ciel leur fait raison ;
je ne vous dis rien pour Jason,
Jason aura soin de sa gloire.
Medea, condemned to exile, entrusts her children to Princess Creusa: Princess, all my hope rests in you. Medea’s fate is to wander; as I leave, I place in your hands what I love most. I know you feel true pity for my children: take care of them, and let a mother have at least this comfort in exile. I say nothing to you of Jason: Jason will look after his own glory.
Improvisation (Clavecin et Théorbe)
Instrumental
M-A. Charpentier Médée "Quel prix de mon Amour" 5’
Quel prix de mon amour,
quel fruit de mes forfaits !
Il craint des pleurs qu’il m’oblige à répandre ;
insensible au feu le plus tendre
qu’on ait vu s’allumer jamais ;
quand mes soupirs peuvent suspendre
l’injustice de ses projets ;
il fuit pour ne les pas entendre.
Quel prix de mon amour,
quel fruit de mes forfaits !
J’ai forcé devant lui cent monstres à se rendre.
Dans mon cœur où régnait une tranquille paix,
toujours prompte à tout entreprendre,
j’ai su de la nature effacer tous les traits.
Les mouvements du sang ont voulu me surprendre,
j’ai fait gloire de m’en défendre,
et l’oubli des serments que cent fois il m’a faits,
l’engagement nouveau que l’amour lui fait prendre,
l’éloignement, l’exil, sont les tristes effets
de l’hommage éternel que j’en devais attendre ?
Quel prix de mon amour,
quel fruit de mes forfaits !
Abandoned by Jason, Medea cries out: what a reward for my love, what a return for my crimes! He fears the tears he forces me to shed, and flees so as not to hear the sighs that might halt his unjust plans. For him I tamed a hundred monsters; for him I silenced every natural feeling, even the ties of blood. And now forgotten vows, a new love, separation and exile are all I receive in place of the eternal devotion I was owed.
Marin Marais « Les voix humaines » 4’ (théorbe seul)
Instrumental
J. Offenbach : La belle Hélène "Amours divins" 4’15
Amours divins ! Ardentes flammes !
Vénus ! Adonis ! Gloire à vous !
Le feu brûlant nos folles âmes,
hélas ! ce feu n’est plus en nous !
Écoute-nous, Vénus la blonde
Il nous faut de l’amour, n’en fût-il plus au monde !
Il nous faut de l’amour, nous voulons de l’amour !
Les temps présents sont plats et fades ;
Plus d’amour ! Plus de passion !
Et nos pauvres âmes malades
se meurent de consomption...
Helen invokes Venus: divine loves, burning flames, glory to you, Venus and Adonis! The fire that once burned in our foolish souls is gone. Hear us, golden-haired Venus: we need love, we want love, even if none were left in the world! These times are dull and flat, with no love and no passion, and our poor sick souls are wasting away.
M.-A. Charpentier : « Profitez du printemps » 2’30
Profitez du printemps
De vos beaux ans,
Aimable jeunesse ;
Profitez du printemps
De vos beaux ans ;
Donnez-vous à la tendresse.
Les plaisirs les plus charmants,
Sans l’amoureuse flamme,
Pour contenter une âme,
N’ont point d’attraits assez puissants.
Ne perdez point ces précieux moments.
La beauté passe,
Le temps l’efface ;
L'âge de glace
Vient à sa place,
Qui nous ôte le goût de ces doux passe-temps.
Lovely youth, make the most of the springtime of your years and give yourselves to love. Without its flame, even the most charming pleasures cannot satisfy the soul. Do not waste these precious moments: beauty fades, time erases it, and the icy age that follows takes away our taste for these sweet pastimes.
M. Lambert : "Vos mépris chaque jour" 3’
Vos mépris chaque jour me causent mille alarmes,
mais je chéris mon sort bien qu’il soit rigoureux.
Hélas ! si dans mes maux je trouve tant de charmes,
je mourrais de plaisir si j’étais trop plus heureux.
Your scorn causes me a thousand torments every day, yet I cherish my harsh fate. Alas, if I find such delight in my suffering, I would die of pleasure were I any happier.
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